Fragments d'Orante

Peur blanche

Une source de lumière très douce s’impose lentement. D’abord très localisée, elle diffuse dans toutes les directions avec une égale intensité. Il fait clair à présent. De la gauche vers la droite comme de bas en haut, une seule couleur. Blanc. Une blancheur ouatée, mate, cassée. Cette teinte couvre un revêtement d’une granulosité si fine que le regard éprouve de grandes difficultés à juger de la bonne distance. La mise au point s’exerce par essais successifs à la recherche de la moindre aspérité. Mais le support est uniforme. Cela donne le vertige. Le plus petit défaut suffirait à trahir la dernière variable nécessaire. La lumière est là, il ne manque que la distance pour décider de la bonne focale et se rassurer un peu. Car, c’est imperceptible, mais un trouble intérieur menace. Une tempête qu’il faut éviter. Le regard n’accroche rien, hormis un vide immaculé de blanc. La peur s’installe. Les tentatives désordonnées se multiplient. Toutes les directions sont testées. La panique approche. Quand, sur la droite, se dessine subtilement une ligne verticale. Cette faible démarcation rassure. Elle sépare deux tons de blanc. L’accommodation visuelle n’est pas parfaite mais la zone d’exploration se fait plus précise. Les tentatives reprennent alors avec méthode jusqu’à ce qu’enfin une certitude émerge : les points les plus éloignés se situent tous sur cette droite, le support de cette couleur immaculée devient donc structure, c’est un angle ! Puis une nouvelle caractéristique apparaît. À nouveau les recherches se focalisent. Parmi tous les points de la verticale, un seul est encore plus éloigné que les autres. C’est le point le plus haut à partir duquel émanent, de part et d’autre, deux nouvelles lignes. Cette fois-ci la structure devient architecture. L’angle est couvert. Le tout défiant le regard. D’instinct, l’enquête se poursuit immédiatement sur la gauche comme si à chaque angle devait en correspondre un autre. Et c’est le cas. Le plaisir est intense. Mais le regard ne peut s’attarder sur la source de lumière qui trône entre les deux verticales, aussi choisit-il d’observer successivement les deux angles en un va-et-vient presque machinal. Ce mouvement hypnotique le rassure un moment puis révèle, à force d’accoutumance, l’évidence d’une nouvelle piste. Une ligne horizontale rejoint les lignes verticales par leurs sommets. Ici, à n’en pas douter, le regard est enfin à l’abri.

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